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Droit de réponse à une non-réponse

Communiqué d’AC – Mardi 22 janvier 2008

AC_logo-violetChers lectrices et lecteurs, vous nous connaissez peut-être déjà. Nous sommes un regroupement d’acteurs chorégraphiques en région PACA, rassemblés autour d’une CHARTE (2 septembre 2007 / 102 signataires / Charte des AC PACA).

A ce jour, une cinquantaine d’actifs (danseurs, chorégraphes, administrateurs) font vivre ce mouvement spontané de professionnels du spectacle, donnant lieu à échéances régulières à la production de réflexions et d’actes au sein de différents chantiers mis en place (« la formation en danse », « l’évaluation artistique », « la réforme des institutions » ou encore « l’état des lieux de la création et des répartitions budgétaires en région PACA »).

Chaque début d’année, les demandes de subventions des compagnies (aide au projet chorégraphique, aide à la compagnie chorégraphique, aide à la compagnie chorégraphique conventionnée) sont soumises à l’avis de comités d’experts consultatifs, mis en place par les autorités de tutelle (DRAC, région, villes) à l’occasion de confrontations organisées entre les experts et les artistes porteurs de projets : les plates-formes d’évaluation. Depuis longtemps les modalités de cette évaluation posent problèmes. C’est le travail du groupe de réflexion « Evaluation artistique » des Acteurs Chorégraphiques que de s’interroger et d’interpeller les pouvoirs publics à ce sujet (L’évaluation : oui, mais autrement-1 et L’évaluation : oui, mais autrement-2).

Cette année, en dépit de l’avancée de nos réflexions sur le sujet, notre proposition de participer activement à la révision concertée des dispositifs d’évaluation est restée lettre morte. Pire, les dispositifs ont bel et bien été remaniés, sans concertation, dans la discrétion la plus totale, sans même qu’il y ait eu consultation des experts mis, comme nous, devant le fait accompli. La direction régionale des affaires culturelles PACA aurait cherché à brider notre élan responsable – et citoyen – qu’elle ne s’y serait pas prise autrement. Mesure ouvertement disciplinaire : nous sommes punis à l’endroit même où justement nous avons voulu créer du mouvement. Les plates-formes d’évaluation auront bien lieu, ce mercredi 23 janvier 2008, mais selon des modalités qui nous échappent totalement.

Devant ce refus du dialogue, et ce que nous prenons pour une démonstration autoritaire arrogante, nous sentons la nécessité de nous faire entendre autrement, par votre intermédiaire, de dire nos inquiétudes, nos souhaits, nos ambitions.

Devant le manque de clarté et la mauvaise volonté des administrations dont nous dépendons (réponses incomplètes de la part des services contactés voire absence de réponse), notre groupe de travail mobilisé sur la collecte et analyse de données susceptibles de nous éclairer – à travers les choix opérés en matière de répartitions budgétaires (part de crédits alloués aux institutions chorégraphiques, aux compagnies indépendantes, aux structures de production, aux structures de diffusions) – sur les politiques culturelles poursuivies localement dans le domaine de la danse, s’est vu contraint, pour obtenir satisfaction, de saisir la commission d’accès aux documents administratifs (CADA).

Petit florilège des réponses reçues : celle de ce conseil général, en région PACA, qui soutient qu’ « il est difficile de chiffrer le montant des aides, s’agissant de subventions départementales accordées sur des programmations à l’année » ; et celle de cette commune, toujours en région PACA, qui regrette que « la comptabilité publique des collectivités locales (ne soit) malheureusement pas faite pour faire de la gestion analytique. C’est pourquoi il est difficile d’isoler dans un budget municipal les sommes consacrées spécifiquement à la danse ».

À partir de ces réponses floues et générales, nous souhaitons questionner plus largement le politique et sa responsabilité. En effet, comment mobiliser, générer une nouvelle croissance de l’économie du spectacle vivant et contribuer à l’amélioration de la structure du champ chorégraphique et, surtout, comment passer à la vitesse supérieure en matière d’accompagnement de celles et ceux qui prennent des risques, si nous n’avons pas entre les mains les mêmes règles du jeu démocratique ainsi que les données nécessaires pour établir un état des lieux de la danse ?

Nous nous posons comme des interlocuteurs de fait et de droit, acteurs légitimes du changement auprès des institutions. Nous affirmons notre goût du risque comme étant un moteur irremplaçable pour relancer la dynamique de l’emploi artistique. Nous avons commencé à proposer un ensemble de réflexions diverses et qualitatives à partir du travail de l’art et du champ chorégraphiques, dans sa relation à la société française et la conscience de son inscription européenne et méditerranéenne.

Nos travaux et leur diffusion, à ce jour sans réponses, nous font constater clairement le choix de certaines institutions d’entretenir le système des rentes et des privilèges culturels au détriment des artistes et des équipes indépendantes, des plus jeunes, des générations montantes. En faisant mine d’ignorer nos requêtes et invitations au dialogue, la puissance publique nous renvoie un ensemble de signes très révélateur à nos yeux d’une désolation généralisée de la pensée politique dans notre pays, à tous les échelons de territoire. Il marque le recul d’un pays et d’une région incapables de favoriser les mobilités (sociales, économiques, géographiques, identitaires), de transmettre les savoirs, de travailler en groupe, d’innover en matière de formation supérieure, de recherche et d’expérimentation en danse. La dynamique de croissance (au sens large du terme) en région est encore trop lente face aux changements à grande vitesse qui s’opèrent sur la scène mondiale. Nous savons que l’art et la danse sont des moyens puissants pour trouver l’élan et s’ouvrir vers l’avenir avec confiance, mais aussi de libérer le goût d’entreprendre.

La région PACA prend un retard considérable en matière culturelle en s’enlisant de la sorte dans l’inertie et une peur mortifère. Personne n’est dupe de la machine à précariser et du projet de société engagé : suppression et concentration des moyens et des droits dont pâtissent déjà, par exemple, danseurs interprètes, chorégraphes, pédagogues, et les structures elles-mêmes mises à mal.

A cette aggravation des conditions de travail et de vie de l’artiste s’ajoutent, entre autres moyens coercitifs, la remise en question du régime spécifique d’assurance chômage des intermittents du spectacle (renégociation des Annexes 8 et 10 attendue en 2008) comme la fragilisation des dispositifs d’accompagnement à la création et à la diffusion des spectacles.

A quoi bon avoir l’ambition d’être innovants et quelque peu compétitifs aujourd’hui sur la scène artistique internationale, si dans le même temps nos tutelles ne font pas le choix d’abandonner un modèle de politique culturelle – hérité de l’après-guerre – fondé sur la distribution sélective de privilèges, catastrophique pour ceux qui s’aventurent encore sur des chemins d’exploration multiformes. Les questions d’interdisciplinarité en art par exemple, sont maintenues à l’arrière plan, aujourd’hui encore, au profit du conservatisme et de son corollaire : le choix de renforcer un nouvel académisme normatif en danse. Notre colère est vive.

Les Acteurs Chorégraphiques, le 22 janvier 2008.

logo_pdfDroit de réponse à une non-réponse (22 janvier 2008)

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