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Paroles d’Acteurs Chorégraphiques pour Rê(v)alisables 2015

  Paroles d’Acteurs Chorégraphiques pour Rê(v)alisables 2015  

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parole01PAROLE : La Danse, malgré l’exemplarité de sa diversité chorégraphique et sa structuration progressiste n’a pas été capable de faire évoluer les structures de l’institution qui disons-le, évoquent la cour de Louis XIV … Notre ministère avec sa délégation à la danse œuvre encore dans une structure majoritairement pyramidale qui refuse les co-directions, la coopération, la «démocratisation » des idées. Ce sont souvent ceux-là même qui méprisent l’évidente diversité chorégraphique en pratiquant l’entre-soi et en affichant un « hermétisme » parfois suffisant, voire humiliant.

Que pouvons-nous imaginer ensemble ? Ensemble, c’est-à-dire à plusieurs, choralement ? Sans trop s’attarder sur les parcours individuels, les problématiques inhérentes et quotidiennes que nous rencontrons, il s’agit, ici, maintenant, de trouver une perspective fédératrice pour laquelle nous pourrons enfin nous mobiliser solidement et solidairement, en respectant notre diversité artistique et nos différentes structures.

Tout est à créer… nous devons imaginer notre organisation, participer à sa génération, apporter les paroles, les analyses, créer et valider des propositions communes (ou pour commencer, majoritaires), et ainsi tenter des actions mobilisatrices et utiles pour tous.

PAROLE : Tout d’abord, je constate que les personnes se sont usées depuis quelques années, et que les conditions dans lesquelles nous oeuvrons sont tellement difficiles que je ne sais pas si nous aurions pu écrire aujourd’hui la charte que nous avons pondue il y a déjà 7 ans. Non pas qu’elle soit devenue obsolète, loin de là, mais nous ne sommes plus dans la même énergie, et l’état de la société, (la nôtre et celles d’ailleurs) s’est encore dégradée.

J’ai envie de partager avec vous autre chose, pour tenter de remettre un peu de la force du désir au coeur de nos vies d’êtres engagés. Cette situation actuelle peut se décrire comme un chaos et je m’appuie sur un travail de danse et de parole que j’ai commencé l’année dernière avec des jeunes acteurs à partir de mythes lointains de création du monde pour développer la suite. Car comme le dit si bien Christophe dans sa lettre, l’en commun à travers le corps et la danse touche au plus intérieur et au plus lointain, au cosmos, aux animaux, aux morts, aux plantes, et à tout ce qui bouge, même les montagnes bougent…

« Ainsi, dans plusieurs cultures du monde, nous retrouvons cette colonne vertébrale fondatrice: à partir d’un chaos originel contenant tous les germes d’une nouvelle existence, la création découvre, trie, sépare, assemble, couve, alchimise et fait naître les nouvelles relations, trajets, connexions, entre les divers objets de sa matière : ainsi du chaos surgissent et s’organisent de nouveaux rêves et de nouveaux actes. Une possibilité de faire face à l’inconnu pour en ressortir avec une nouvelle donne, afin de jouer avec elle. »

Le contenu de cette nouvelle recherche, je le transpose là directement pour nourrir les nouveaux travaux d’AC. Il nous faut trouver avec toute la patience du jardinier la nouvelle graine sous la neige… Prendre de la hauteur, de la distance avec ce qui nous préoccupe afin de retrouver la piste vers ce que nous voulons, pourquoi nous le voulons et pour quoi faire. Sans une éthique, une vue d’ensemble même utopique, nous ne pouvons pas aller résoudre le plus petit, le cas par cas, exiger une avancée : sans nous-mêmes savoir dans quelle cohérence elle serait utile (ce serait je crois encore plus destructeur que rien foutre.).
Nous avons un outil d’humanité merveilleux à travers l’intelligence de la danse, si cet outil ne se désolidarise pas de la société entière, de tous les autres problèmes qu’elle rencontre. Et aussi des mille et une richesses de sens que les anciennes ou lointaines sociétés nous donnent pour nous nourrir ici et maintenant..

Pacahontas, « femme de peu de honte »

parole02PAROLE : De là où je me place, je dirai que si beaucoup d’actions militantes de la danse achoppent c’est justement par la révérence permanente que le monde chorégraphique français, fait aux financeurs de tous poils. Est-il possible d’imaginer, de rêver, de construire le monde chorégraphique sans au préalable en penser son financement. Allons quoi ? Pourquoi militons-nous ? Pour la création chorégraphique ou pour le financement de la création chorégraphique ? Ceci dit, tu l’as compris sûrement, il me semble que le chantier de la diffusion de la danse est le plus essentiel. Travailler à refonder les réseaux de diffusion de la danse et de toutes les danses est vraiment ce qui m’occupe et, à mon sens, le seul chantier qui pourra faire remonter les financements… Mais c’est un point de vue personnel. Pourtant, tout le monde en a assez (AC?) de ses créations qui ne se représentent qu’une ou deux fois, même subventionnées, non ?

PAROLE : Le témoignage qu’il me semble important de faire, mais c’est aussi le plus pénible, est que notre époque est chargée d’assumer la dissolution, la dislocation, la conflagration même de la communauté. La maison brule, et nous brulons avec le conflit international de grande ampleur. Cette perturbation politique semble avoir épuiser l’histoire, l’histoire politique et celle de l’humain, des désirs, des tristesses, de l’amour, de la liberté, de la mort…

Quel horizon avons nous a dépasser, qu’ils soient stratégique, politique, poétique, idéologique ?

Je sens que les forces révolutionnaires dépérissent et que paradoxalement les forces vives d’aujourd’hui ont pris la forme du totalitarisme, du nationalisme, de l’individualisme égoïste. La souffrance que nous afflige nos sociétés libérales, n’est pas sans rapport aux souffrances infligées par la trahison et l’abandon des idéaux de l’homme en commun, ou vivant en communauté.

Tout ce passe comme si, au delà de nos entreprises artistiques et culturelles, il n’était même plus question de penser la communauté, mais seulement le retranchement, l’enfermement, l’enclot, la suspicion, la peur.

La danse moderne et contemporaine ont toujours penser l’humain, le corps, le visage, le geste, le désir, le pouvoir, le rêve, l’écriture, comme une inclinaison de l’un à l’autre dans son rapport relié à la communauté, ou plus précisément à l’être en commun. Inclinaison et inclination vers l’en dehors, et l’en dedans de l’être, sans opposition, sans exclusion.

Il semblerait qu’aujourd’hui l’individu atomisé se vive dans l’inconséquence de son rapport à un monde. La danse est un monde, mais pas une famille, plus une communauté.

Mais de ce mythe fondateur de la communauté en danse, rien n’a été perdu en route, rien n’est perdu, c’est nous qui nous sommes perdu en nous même.

Nous sommes pris au piège de notre lien social, de notre communication, de notre invention. Nous sommes dans le filet d’un piège économique, technique, politique, culturel, nous sommes empêtrés dans ses mailles, nous nous sommes forgés le fantasme de la communauté perdu. L’impossible est à venir.

parole-a-vous01PAROLE : Je ne crois pas que ce soit seulement la danse qui soit en panne, c’est tout le système qui se grippe ; la danse en prend plein la gueule car rien a été fait pour faire qu’un lobbying existe.

Ce n’est pas seulement une affaire d’argent, c’est un véritable moment pour se reposer la question centrale de la place de la culture dans nos sociétés à consommation de masses, (FB et autres like qui dure 10 mn). Les pratiques ont changé. Les chiens sont de retour, il faut réinventer le maquis.

Reposer d’autres modèles, les nôtres ne marchent plus. Ce n’est plus l’état mais les collectivités locales qui sont majoritaires, ce n’est plus l’état qui donne des règles et les orientations d’une politique, l’état devient le ventre mou de l’affaire culturelle, consensuel et pas de vagues.

De loin pour moi, les choses me paraissent très incestueuses, elles me paraissent émerger comme çà, sans vison générale, car il n’y en a peut-être jamais eu pour la danse, puisqu’il n’y a pas de lobbying réel. 70 adhérents à Chorégraphes associé, c’est peu tout de même…

PAROLE : Mais à « A qui parler quand tout est corrompus ?… » J Kristéva

Les choses se sont aggravées aujourd’hui encore, la France est un pays qui finalement change peu, il faudrait « changer d’aquarium » inventer un autre monde. Ou choisir l’insurrection.
Il me semble que nous n’avons pas encore choisi.

En tout cas je ne peux envisager l’avenir sans un travail sur le passé, il y a du récit possible pour ne pas reproduire, répéter, repérer les écueils, inventer et être à la hauteur d’une situation historique, être un relais pour un futur. La lettre des signataires m’apparaît comme un exemple, (il y en a d’autres) un marqueur pour réfléchir ensemble comme tu le dit pour quelque chose de fort et qui puisse favoriser une évolution des milieux de la danse.

Nous sommes sans doute au bord soit d’une immense régression historique ou d’un important changement de paradigme ?

Vers de nouveaux pas de danses.

PAROLE : Et nous sentons que la discussion doit se confronter à d’autres points de vue partagés au-delà de notre territoire, histoire de dépasser le pyramidal, la féodalité inhérente, et de construire des ponts qui repensent le lien du chorégraphique à la Cité, au citoyen, à la pratique quotidienne, aux politiques culturelles, au politique tout court …

Car de ces territoires en forme de pyramides, de cloisonnements et d’entonnoir, il ne sortira rien d’autre qu’une fatigue mortifère relayée par une ringardisation du geste fondamental du danseur ou du chorégraphe.

Mais cette responsabilité touche en premier lieu les artistes, et d’où l’on parle et agit, comment se mettre à s’autoriser des choses sans avoir à demander toujours l’autorisation ?

PAROLE : Pour avoir fait une soixantaine de RVs en 2010 au plus haut niveau des institutions, ayant été confrontée à des bureaucrates de la « danse officielle » attachés le derrière sur leur fauteuil de velours, dans des bureaux feutrés, manquant d’ouverture (pas tous quand même) et étant peu en connexion avec le spectacle vivant chorégraphique, j’ai été stupéfiée par leur arrogance, leur pouvoir (celui que nous leur avons conféré) et leur mépris face à ce qu’ils n’ont pas validé comme étant de l’Art ou comme étant un public « digne de ce nom ». Faire face à ces gens m’a ébranlé et durant un temps m’a atteint dans mes valeurs profondes. J’en ai fait une méga-dépression alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde. Tu as donc en face de toi une personne absolument convaincue qu’il faut changer quelque chose et ne pas prêcher seulement chacun pour son moulin, car ainsi nous n’avons aucun poids.

PAROLE : Il nous faut continuer de nous battre c’est certain, pour ma part j’ai du mal a porter une parole « chorégraphique » seulement, je me sens à l’étroit, je trouve depuis toujours que seule la transversalité nous rend plus intelligents, c’est de ce point de vue que je m’exprime , ce qui ne m’empêche pas de parler « en chorégraphe »  en mouvement)

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