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Contribution aux journées de réflexion fin août 2014 à Breil sur Roya d’Anne-Marie Chovelon

airlibre01Contribution aux journées de réflexion fin août 2014 à Breil sur Roya d’Anne-Marie Chovelon

Qui autour de nous a encore des idées claires sur la valeur de l’art dans la culture, sur la nécessité de soutenir l’art vivant en tant que miroir des manques et des aspirations sociales, en tant que fermant d’espérance par des pratiques de solidarité, en tant que laboratoires poétiques donnant à partager les mystères dont nul progrès technique ne peut venir à bout ?
Quelles pensées profondes enracinent les cerveaux du pouvoir à quelque strate (1) que ce soit ?
J’ai été soulagée de lire le texte des communes concernées par l’AMACCA qui nous invite, mais pour une poignée d’élus rebelles, d’artistes organisés, combien d’autres sont isolés ? Et mes réflexions se portent aussi sur les différentes structures dont la vocation première est un partenariat avec les artistes : sans nos productions elles n’existeraient pas. Et c’est ce qui leur arrive, elles existent de moins en moins, tournant en rond avec des programmations dont elles ne peuvent même plus défendre l’intérêt commun, ni la colonne vertébrale idéologique et encore moins la vibration de leurs tripes. Il est considéré comme naïf de soutenir une équipe, un projet, par un simple bouleversement sensible. L’adhésion à du sensible est devenue naïve. Pour certains, il n’y a plus de « coups de cœur », ces faux experts qui nous regardent à travers le philtre de leur impuissance attisée par les couches d’auto censure successives sont des morts-vivants dangereux. Et nous, où en sommes-nous de cette auto-censure présidée par le « principe de réalité » dont nous rebattent les oreilles chaque partie du rouage du système ? (2)

Je fais un détour à ce moment par un article du Monde Diplomatique d’août 2014 écrit par Clarisse Victor dont le titre est le suivant : Convertir l’amertume en efficacité : le cynisme, valeur montante du management.
Le dernier changement dans l’entreprise, c’est la disparition dans le monde des services financiers cité ici de ce que l’on nomme depuis les années 80 la culture d’entreprise, remplacée par cette boîte par la seule valorisation de l’individu émotionnel et narcissique « Stanwell recrute des personnalités. La vôtre. »
Ces entreprises n’ont même plus à se fendre d’une idéologie particulière qui identifie l’entreprise, telle qu’elle suffise à supprimer la notion de classe sociale pour que chaque petit soldat salarié s ‘unisse au patronat dans un combat commun contre l’hydre horrible de la mondialisation (exemple exemplaire : apple). Non, maintenant l’identité d’une boîte est de ne plus en avoir : il s »agit de mettre en scène l’effacement des « valeurs » et de « l’histoire » au profit du concept vague et creux de personnalités visant à donner l’illusion que l’activité professionnelle est détachée de tout contexte social. Cela ne résonne t’il pas avec nos expériences professionnelles ?
Ce qui rend possible ce nouveau type d’organisation du travail se base sur la dévalorisation commune aux cadres supérieurs et aux autres salariés de leur propre travail : l’organisation parvient ainsi à neutraliser toute contestation en prescrivant aux salariés une prise de distance par rapport à leur métier et à l’organisation…/… Loin d’adhérer à une culture d’entreprise, les consultants de XYZ sont invités à prendre conscience de la « réalité », c’est à dire l’absence de valeurs en dehors du profit de leur cabinet et de leur rémunération qui en dépend …/… Il semble que le système managérial actuel parvienne à intégrer toutes les formes de critique, y compris la critique de son hypocrisie, de ses contradictions avec les valeurs qu’il prêche et de son absence totale d’attrait. Sous couvert de « principe de réalité », on voit s ‘épanouir une nouvelle forme d’idéologie d’entreprise, fondée cette fois sur un cynisme assumé.

Je pense qu’il serait utile de nous questionner sincèrement d’abord nous-mêmes sur cette question cruciale de l’auto-censure dans nos cerveaux, car c’est sans doute là que nous sommes souvent empêchés d’agir de manière à résister, à créer des brèches, à transformer nos pensées et révoltes en actions solidaires.

Anne-Marie Chovelon

(1) Les strates en question vont de l’absence d’un discours cohérent sur la valeur inaliénable de la culture, au niveau de l’ état, qui ne définit pas son projet, idem pour l’europe, jusqu’aux élus de terrain en passant bien sûr par toutes les structures avec qui nous travaillons directement. (cf le texte de Philippe Madala). Quand une pensée n’est pas exprimée, pas posée, il est difficile voire impossible de la critiquer au sens noble du terme, de la perfectionner, voire de la rejeter pour en proposer une autre. Et c’est à cet endroit que je rejoins par un autre chemin le texte de Christophe Haleb sur notre société qui se fascise.
(2) Même en critiquant Mr Gattaz, il est nécessaire d’aborder les comportements pourris de nos directeurs de compagnie qui ne préviennent même pas personnellement du licenciement de leurs interprètes puisque le statut d’intermittent contient en lui-même cette possibilité. Avec parfois des compagnons de route de plus de 10 ans… des exemples scandaleux de cette nature, je peux vous en raconter des tonnes…

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